Monnaie fractionnaire

6 décembre 2009

La monnaie de reçu permit aux gens de faire du commerce avec beaucoup de facilité. Elle était légère, on pouvait à tout moment l’échanger contre une monnaie de marchandise reconnue par tous, c’est-à-dire l’or ou l’argent. On pouvait avoir des reçus de tout montant (1000, 100, 10, 5, etc.) et le résultat de tout cela a permis de voir des communautés de gens commercer ensemble en toute confiance.

Mais leurs gestionnaires de réserves en or, les orfèvres ne purent résister à la tentation de corrompre la masse monétaire (tricher sur la quantité d’argent émise dans une communauté) pour leur profit.

Comme nous avons dit, peu de gens revenaient échanger leur monnaie de reçu contre leur or, comme tout le monde savait que leur or était en sécurité, pourquoi s’embêter à le garder alors que la monnaie de reçu avait la même valeur et était plus légère.

C’est alors que l’orfèvre remarqua qu’une bonne partie de l’or qui restait dans ses coffres n’était quasiment jamais réclamée. Alors, il se dit, pourquoi devrai je laisser cet or prendre la poussière dans mes coffres? Je pourrai le prêter à d’autres et collecter un intérêt, mais cet or ne lui appartenait pas.

Donc, sans rien dire aux vrais propriétaires, il loua l’or des autres (comme on loue un appartement ainsi les gens qui y logent, paient un loyer mensuel) à des personnes qui demandaient des prêts. Il leur donnait des reçus et inscrivait dans un livre ce que les gens lui devaient, par exemple, si Monsieur Dupont se présentait en demandant un prêt de 100 euros, l’orfèvre lui faisait un prêt en lui donnant un reçu de 100 euros et inscrivait dans son livre “Monsieur Dupont doit 100 euros”, l’orfèvre demandait à Monsieur Dupont de payer un loyer mensuel sur le montant prêté, ce loyer dépendait de la somme et de la durée du prêt, ainsi, si Monsieur Dupont avait demandé 100 euros remboursables au bout d’un an, pendant toute la durée du prêt d’1 an, Monsieur Dupont devait payer un intérêt à l’orfèvre, par exemple de 5%, ce qui fait 5 euros par mois, donc 60 euros par an, l’orfèvre ou le banquier était content car il venait de collecter 60 euros grâce à l’argent des autres, le seul risque qu’il encourait, était d’entacher sa réputation, si le scandale du vol était découvert par la population. L’autre risque qu’il encourait était le bannissement.

L’orfèvre avait trouvé d’autres astuces dont celui de ne pas demander à ce que la somme prêtée soit remboursée tout de suite, ainsi, il pouvait continuer à collecter des intérêts.

Prenons l’exemple de Monsieur Dupont qui a fait auprès de son banquier un emprunt de 100 euros. La première année, Monsieur Dupont verse 60 euros d’intérêts (pour rester simple, on ne traite pas les intérêts composés), or si ce dernier ne rembourse pas les 100 euros à la fin de la première année, son prêt est reconduit une deuxième année par le banquier et peut-être même renégocié.

Par exemple, le banquier peut exiger maintenant un taux d’intérêt de 6% mensuel (c’est-à-dire 6 euros), donc par conséquent, Monsieur Dupont doit de nouveau s’engager à payer des intérêts pendant une deuxième année, le banquier va pouvoir empocher de nouveau pour une deuxième année de l’argent gratuitement, ce principe peut continuer jusqu’au jour où la communauté décide de retirer son or stocké auprès du banquier, comment ? Voyons cela de plus près.

Supposons que Monsieur Dupont a laissé chez l’orfèvre (ou banquier) 1000 pièces en or contre 10 reçus de 100 euros, donc un total de 1000 euros (on part du principe qu’une pièce en or vaut un euro), de même, Monsieur Durand, lui, a laissé 500 pièces d’or contre 5 reçus de 100 euros, donc 500 euros. Une troisième personne qui s’appelle Madame Fric cherche à rénover les fenêtres de sa maison et manque d’argent, Madame Fric se tourne alors vers le banquier pour lui demander un prêt afin d’acheter des fenêtres et de les faire poser. Le banquier lui prête 500 euros en lui donnant un reçu avec une valeur nominale de 500. Madame Fric donne ce reçu à l’entreprise Verre qui pose les fenêtres, rappelons à ce stade que Madame Fric peut également demander à l’entrerpise Verre des travaux à crédit, en remboursant la somme en 10 fois sans frais par exemple. Mais déjà à cette époque, les banquiers s’étaient bien établis comme étant les seuls à fabriquer de l’argent. Toujours est-il donc, qu’en définitif, nous avons 3 individus possédant des reçus :

  1. Monsieur Dupont possédant des reçus totalisant 1000 euros
  2. Monsieur Durand possédant des reçus totalisant 500 euros
  3. L’entreprise Verre possédant un reçu de 500 euros

Et dans la banque, il n’y a l’équivalent en or que de 1500 euros, les 1000 pièces d’or de Monsieur Dupont et les 500 pièces de Monsieur Durand, le prêt consenti à Madame Fric de 500 euros, lui,  n’est pas couvert par des pièces d’or.

Dans l’exemple ci-dessus on parle d’un système de monnaie fractionnaire. C’est-à-dire que le banquier s’est permis de créer de la monnaie à partir d’une certaine réserve d’or détenue dans ses coffres. Le postulat qui lui ait permis cette création est la suivante :

Puisque ces réserves (appartenant aux individus dans la communauté) dorment tranquillement dans mes coffres et que personne ne vient les réclamer. Je peux en prendre une partie et la faire fructifier en la prêtant à d’autres personnes. Donc à partir de 1500 euros de réserves, il décide de créer un montant fractionnaire de cette réserve en monnaie (500 euros) d’où le terme réserve fractionnaire. Maintenant, il y a 2000 euros de monnaie de reçus en circulation dans la communauté contre 1500 euros en réserves. Une fraction de l’argent en circulation a été créée « ex nihilo » à partir de rien, c’est du vent.

Ce n’est pas génial ça ? Pour le souci de faire simple, j’ai volontairement simplifié les montants et le modèle économique afin de porter l’attention du lecteur sur le principe de base qui est enfantin. Bien évidemment, ce jeu enfantin a des conséquences pour toute la communauté, je les aborde dans les annexes.

Maintenant, Supposons que la communauté est prise de panique et il y a une ruée vers la banque pour retirer tout l’or. Monsieur Dupont est rapide et réussit à retirer tout son or en présentant ses reçus, l’entreprise Verre également, Monsieur Durand étant malade n’a pas eu le temps de se présenter avec ses reçus pour retirer son or, et pourtant, quelques jours après, quand il apporte ses reçus, le banquier ne peut pas honorer ses engagements, la banque fait faillite voire disparaît de la circulation telle un truand et Monsieur Durand avec elle. Moralité :

Dans un système de monnaie fractionnaire, il y aura toujours des gens dans la communauté qui vont perdre le fruit de leur économie et de leur travail.

C’est indéniable, car il n’y aura jamais assez de réserves d’or pour satisfaire tout le monde. Pour comprendre ce phénomène, supposons que vous me donnez une once d’or contre un reçu avec une valeur nominale de 1000 euros. J’ai la pièce d’or reconnue universellement à n’importe quelle époque et vous avez un reçu que je vous ai donné ayant une valeur que les gens de la communauté confèrent à ce moment là.

C’est pareil que si je vous avais donné une demie-once d’or contre votre once d’or en vous garantissant que leur valeur est identique. C’est exactement ce qui s’est passé à cette époque où les gens avaient une confiance absolue pour recevoir des reçus en papier contre leurs pièces d’or. Ces mêmes personnes ne savaient pas que le banquier offrait des prêts à d’autres en puisant dans les réserves qui ne lui appartenaient pas.

Or, lorsque les gens de la communauté apprirent la fraude du banquier, ils n’étaient pas en colère à cause de l’usurpation de leur or, mais plutôt parce que ce dernier devenait plus riche. Ils ne comprirent pas que dans un système fractionnaire, il y aurait forcément parmi eux des gens qui seraient dévalisés de leur propre denier durement acquis.

Cette incompréhension permit au banquier de calmer les esprits en proposant aux personnes de s’enrichir avec lui. Ce qui permit au banquier de proposer aux personnes qui venaient déposer leur or dans ses coffres de gagner un certain montant.

Le fait de proposer aux personnes un certain gain sur leur dépôt n’empêcha pas le banquier de les voler. En effet, il prêtait de l’argent à ceux qui en avait besoin grâce aux dépôts des autres (donc pas son or) avec des intérêts bien supérieurs aux montants restitués aux personnes dont l’or était stocké dans son coffre. Deux problèmes surgiront de ces pratiques trompeuses :

D’une part une baisse du pouvoir d’achat pour toute la communauté (voir annexe I sur le principe de l’offre et la demande) et d’autre part la mise à sac de certains membres de la communauté comme évoqué ci-dessus avec l’exemple de Monsieur Durand.

La dernière des choses que le banquier souhaitait était que ce jeu vilain qui lui rapportait beaucoup de richesse s’arrête, en effet, petit à petit, il rognait sur la richesse des autres et s’en mettait plein les poches, voir annexe II pour une explication détaillée.

Ainsi naquit le système de monnaie fractionnaire qui donna ensuite lieu à une autre forme de monnaie qui est la monnaie fiduciaire. Le prochain chapitre traite de cette autre forme de monnaie.

Pour approfondir le système de monnaie fractionnaire, n’hésitez pas à lire l’annexe IV, ci-contre =>Mécanisme moderne de l’argent (Annexe IV) et puis essayez le calculateur ex nihilo

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